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Marée noire au Liban: plus grande catastrophe écologique en Méditerranée
Dossier :
  • La guerre israel-liban 2006
  • Source
  • http://fr.news.yahoo.com/ ...
  • http://www.radio-canada.ca/ ...
  • http://www.la-croix.com/ ...
  • http://www.rfi.fr/ ...
  • La marée noire causée par le bombardement d’une centrale électrique à Beyrouth continue de s’étendre sans que les autorités libanaises puissent intervenir

    Sur la plage déserte de l’hôtel Mövenpick, en contrebas de la corniche de Beyrouth, un groupe de jeunes de l’ONG Green Line s’apprête à effectuer des relevés. Vêtu d’un tee-shirt bleu ciel portant l’inscription « patrouille marée noire », un masque sur le visage, Thomas, un Autrichien, mesure à l’aide d’un bâton qu’il enfonce dans le sable jusqu’à quelle profondeur le fioul a pénétré. Résultat : une couche de 10 cm est totalement noircie, mais elle est de 40 cm sur la plage publique de Beyrouth.

    Après le bombardement par l’aviation israélienne de la centrale électrique du Jiyé, les 12 et 15 juillet, environ 15 000 tonnes de fioul se sont déversées dans la mer. Situés à 25 km au sud de la capitale libanaise, les réservoirs laissent encore s’échapper des hydrocarbures. Plus de 140 km de côte sont touchés par le fléau qui a atteint la Syrie et menace la Turquie et Chypre.

    L’armée israélienne interdisant depuis le 12 juillet toute sortie en mer, les autorités libanaises sont réduites à l’impuissance et doivent se contenter d’observer les dégâts. Avant même que les hostilités ne s’arrêtent, quelques ONG ont décidé de se rendre sur place pour mesurer l’étendue de la catastrophe, condition sine qua non pour commencer le nettoyage et recevoir une aide internationale. Sous-équipés, n’ayant aucune expérience de ce type de situation, les volontaires tentent d’établir des cartes précises des zones affectées.


    "Il faudra pomper des quantités gigantesques d’eau de mer"
    Wael, coordinateur des différentes associations, plonge sa main gantée dans l’eau d’un bassin où des bateaux de plaisance sont amarrés. « Ça commence à s’émulsifier, constate-t-il. Au bout de trois semaines, il fallait s’y attendre. Quand on intervient dans les 24 à 48 heures, on peut retirer le pétrole qui se trouve encore en surface. Dans notre cas, parce qu’il est toujours impossible de travailler, le fioul s’est mélangé à l’eau, ce qui rendra d’autant plus difficile le nettoyage. Il faudra pomper des quantités gigantesques d’eau de mer. » Même chose pour le sable des plages que le fioul a imprégné en profondeur.

    Un peu plus loin sur la corniche, des pêcheurs gardent l’œil sur leur embarcation qui n’a pas effectué de sortie en mer depuis le début de la guerre. Hassan, la cinquantaine, a échappé de peu à un bombardement israélien qui a visé le quartier de Chiah où il réside.

    Il vient de rencontrer des employés du ministère de l’environnement. « Ils ne peuvent rien faire pour nous aider, nous n’avons droit à aucun dédommagement », s’exclame-t-il. « Nous n’avons pas de sécurité sociale, nos seuls revenus sont ceux de la pêche, ajoute Moustafa, un de ses collègues. Ce fioul est une calamité : il a rendu inutilisables six moteurs hors-bord, il bouche nos filets et tue les poissons. » Tout le long de la route maritime qui mène vers le nord, l’autoroute étant en plusieurs points impraticable à la suite des bombardements israéliens, on aperçoit des portions de côte souillées par les hydrocarbures.


    Le port de Jbeil n’est plus qu’un gigantesque bassin glauque
    La topographie irrégulière fait que certains points ont été épargnés. Sans doute pour peu de temps, la Méditerranée étant beaucoup plus agitée en août qu’en juillet. À 45 km au nord de Beyrouth, le port de pêche antique de Jbeil (Byblos) n’est plus qu’un gigantesque bassin glauque dans lequel flottent des embarcations dont les coques, traditionnellement blanches, sont aujourd’hui complètement noircies. L’odeur est insoutenable.

    Port de pêche mais aussi de tourisme, Jbeil est complètement désert. Dans le restaurant Bab Al-Mina, les tables sont dressées mais il n’y a pas l’ombre d’un client. Installé au fond de l’établissement, Claudio, le gérant, tue le temps avec des amis. « Les touristes sont partis dès le premier jour de la guerre mais les pêcheurs ont continué à travailler. Jusqu’à l’arrivée des premières nappes de fioul, explique- t-il. Aujourd’hui encore on voit des taches de fioul arriver dans le port qui agit comme un réservoir. » « On pourrait éventuellement aller plus loin en mer, mais l’armée israélienne nous l’interdit », ajoute Alec, un pêcheur.

    À l’entrée de la ville, Eddé Sand, la plage la plus grande et la plus chic du pays, était devenue en moins de deux ans le symbole de la « dolce vita » libanaise. Elle continuait à être très fréquentée aux premiers jours du conflit. Mais la marée noire a fait ses ravages et désormais il n’y a plus que trois agents de sécurité qui montent la garde à l’entrée du complexe. Comble de l’ironie, en arabe, Méditerranée se dit « petite mer blanche ».
    Détails
    Emmanuel Villin, à Beyrouth
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